MUNICIPALES 2026, QUELS ENGAGEMENTS POUR LA CULTURE ?
ANALYSE ET BILAN DE PLUS DE 400 RÉPONSES !
Nous avons les résultats au questionnaire qui a été adressé début février à près de 600 têtes de liste dans un panel de villes identifiées de façon conjointe par les délégations régionales des trois organisations (Syndeac, Scène Ensemble et Les Forces musicales). Les candidats et candidates étaient invités à se positionner sur cinq axes structurants : gouvernance culturelle, financements, liberté de création et de programmation, accès à la culture pour toutes et tous, et articulation entre culture, territoires et transition écologique.
Une interpellation dense et efficace : une mobilisation importante des listes candidates
La campagne a rencontré un écho significatif auprès des listes candidates. 407 réponses ont été recueillies, dont 239 questionnaires complets et 168 réponses partielles, soit 68 % du panel initialement interpellé. Au-delà même des listes ciblées initialement, la campagne a largement circulé : plusieurs listes candidates ont répondu spontanément au questionnaire, preuve de la visibilité de l’initiative et de son appropriation par les équipes de campagne.
Dans plusieurs villes – notamment Lille, Paris, Strasbourg, Metz, Nantes, Caen ou Lyon – l’ensemble des listes interpellées a répondu au questionnaire, et les réponses ont servi d’appui à des rencontres et des débats publics réunissant professionnels de la culture et candidats.
L’analyse des réponses montre par ailleurs que les listes de gauche et d’extrême gauche ont très majoritairement pris part à la démarche, traduisant une forte attention de ces formations aux enjeux portés par le secteur culturel. Sur les 239 réponses complètes, la répartition politique des listes répondantes s’effectuent selon les pourcentages suivants :
- 10,8% des réponses sont rattachées à des listes de droite
- 8,6% des réponses rattachées des listes du centre ;
- 47,8% à des listes de gauche ;
- 23,7% à des listes d’extrême gauche (dont LFI);
- et 9,2% sans étiquette.
Parmi les réponses, une unanimité large sur l’accès à la culture et la gouvernance
Les réponses recueillies mettent en évidence des convergences fortes autour de plusieurs engagements structurants :
- 98% des listes répondantes s’engagent à reconnaître la culture comme un service public essentiel, au même titre que l’éducation, la santé ou l’environnement.
- 95% s’engagent à garantir un accès à une offre culturelle professionnelle à moins de 30 minutes de chaque habitant, notamment par des réseaux intercommunaux.
- De manière similaire, 99% des listes répondantes s’engagent à soutenir durablement les résidences d’artistes et projets culturels en milieu scolaire, hospitalier, pénitentiaire, social ou médico-social.
Ces engagements témoignent d’une reconnaissance largement partagée du rôle central de la culture dans la cohésion sociale et territoriale. Dans plusieurs réponses, les candidats rappellent explicitement la dimension de service public de la culture. Ainsi, à Brest, François Cuillandre, maire sortant PS affirme que « La culture doit échapper aux excès de la logique marchande et rester accessible, diversifiée et libre », tandis que Charlotte Boulogne, candidate tête de liste La France Insoumise au Havre, rappelle que « La culture n’est pas une marchandise, c’est un moyen d’expression, une liberté, un moyen de promouvoir le vivre ensemble ».
Financements, budgets dédiés à la culture : des engagements plus difficiles à prendre
Les réponses révèlent cependant des positions plus contrastées sur la question des financements municipaux consacrés à la culture, qui demeure un véritable marqueur politique. 95% des listes répondantes s’engagent sur un maintien a minima du niveau des budgets culturels municipaux sur l’ensemble du mandat 2026–2032. Ce chiffre chute à 57% sur la question d’un engagement à augmenter le budget durant la durée du mandat avec pour une très forte proportion (37%) de listes qui choisissent de ne pas se prononcer.
De nombreuses listes s’engagent explicitement à renforcer l’investissement culturel. À Marseille, Benoît Payan, maire sortant candidat à sa réélection affirme ainsi :« Nous devons envisager le budget culturel non seulement comme un budget de défense mais aussi comme un budget de combat ».
À Paris, Emmanuel Grégoire, candidat de l’union de la gauche et des écologistes propose quant à lui une augmentation de 10 % du budget culturel, afin de renforcer le soutien à la création, développer l’éducation artistique et culturelle et créer de nouveaux événements culturels populaires.
D’autres réponses soulignent et explicitent les contraintes budgétaires pesant sur les collectivités et notamment la baisse de leurs dotations par l’État. Certaines listes choisissent de conditionner leurs engagements aux marges de manœuvre financières disponibles qui se dégageront lors de leur mandature. Pierre-Yves Bournazel, candidat Horizons pour la mairie de Paris indique ainsi qu’il attendra un audit des finances municipales avant de prendre des engagements précis.
Liberté de création : un engagement largement affirmé, mais trop souvent conditionné
98% des listes répondantes réaffirment leur attachement au respect de la liberté de création et de programmation, conformément au cadre fixé par la loi relative à la liberté de création, à l’architecture et au patrimoine (LCAP) de 2016.
Plusieurs candidats insistent sur la nécessité de préserver l’autonomie artistique des lieux culturels. Ainsi, Édouard Philippe, maire sortant Horizons candidat à sa réélection souligne que la mission des politiques culturelles est avant tout « de permettre aux habitants de rencontrer des œuvres, dans leur diversité », ce qui implique « le respect de la liberté de programmation et du pluralisme ».
Certaines réponses révèlent cependant des formulations plus restrictives, laissant apparaître déjà de premiers mécanismes, parfois inconscients, d’ingérence, voire de censure. 10% des listes déclarent ne pas se prononcer à la question “Vous engagez-vous à ne jamais conditionner les subventions à des critères de conformité esthétique, morale ou politique?”. Plusieurs candidats conditionnent par exemple cette liberté au respect de l’ordre public, comme le résume Louis Delemer, candidat Les Républicains à Lille : « tant que cela ne trouble pas l’ordre public ».
D’autres réponses expriment la crainte de voir les lieux culturels devenir des espaces de militantisme, comme le formule Rachida Dati, ancienne ministre de la Culture et candidate à la mairie de Paris : « Les lieux culturels ne sauraient devenir des lieux de militantisme et d’idéologie financés par les deniers publics ».
LE QUESTIONNAIRE
Un questionnaire simple, en 27 questions, pour permettre aux candidates et candidats aux municipales 2026 de prendre des engagements clairs pour le service public de la culture : oui / non / ne se prononce pas, avec un champ commentaire.
La gouvernance culturelle
1. Culture comme politique publique essentielle
Vous engagez-vous à reconnaitre la culture comme un service public essentiel, au même titre que l’éducation, la santé ou l’environnement, dans votre projet municipal ?
2. Gouvernance partagée
Vous engagez-vous à mettre en place ou a maintenir un Conseil local de la culture associant élus, acteurs culturels professionnels, citoyens et partenaires publics ?
3. Stratégie culturelle municipale
Vous engagez-vous à élaborer ou actualiser un schéma municipal de développement culturel, fondé sur un diagnostic territorial partagé avec les professionnels et assorti d’’une charte locale de la culture (liberté artistique, diversité, coopération) ?
4. Transparence et évaluation
Vous engagez-vous à publier chaque année un bilan culturel municipal public, incluant des indicateurs qualitatifs et quantitatifs ?
Financement et stabilité économique des politiques culturelles
5. Stabilité budgétaire sur la durée du mandat
Vous engagez-vous, a minima, à maintenir le niveau des budgets culturels municipaux sur ‘ensemble du mandat 2026-2032, sans baisse en cours de mandat, hors circonstances exceptionnelles dûment justifiées et rendues publiques ?
6. Augmentation des budgets culturels
Vous engagez-vous à augmenter les budgets culturels municipaux sur la durée du mandat, afin de renforcer le service public du spectacle vivant, l’emploi artistique et l’accès de toutes et tous à la culture ?
7. Pluriannualité et subventions de fonctionnement
Vous engagez-vous à privilégier les conventions pluriannuelles et les subventions de fonctionnement, plutôt que les appels à projets ponctuels ?
8. Financement croisé et responsabilité partagée
Vous engagez-vous à dialoguer avec l’Etat et les autres collectivités pour favoriser des conférences territoriales de financement et des cofinancements pluriannuels Etat-Région-Ville ?
9. Lutte contre la marchandisation
En cas de recours à des modes de gestion déléguées des établissements culturels, vous engagez-vous à les encadrer strictement afin d’éviter toute logique de marchandisation ?
Liberté de création et indépendance artistique
10. Respect de la loi sur la liberté de création, de diffusion et de programmation (LCAP)
Vous engagez-vous à respecter et faire respecter la loi de 2016 sur la liberté de création, de diffusion et de programmation, distinguant clairement choix artistiques et préférences politiques ?
11. Protection des responsables de programmation
Vous engagez-vous à renforcer les garanties protégeant les directions et responsables de programmation contre toute tentative de censure ou d’éviction arbitraire ?
12. Indépendance artistique
Vous engagez-vous à garantir l’indépendance artistique des lieux et équipes soutenus, sans pression politique ou idéologique sur les contenus ?
13. Subventions et contenus artistiques
Vous engagez-vous à ne jamais conditionner les subventions a des critères de conformité esthétique, morale ou politique ?
14. Pluralisme et prise de risque artistique
Vous engagez-vous à soutenir la diversité des formes artistiques, y compris expérimentales, critiques ou minoritaires ?
15. Contrat d’Engagement Républicain (CER)
Dans l’attente d’une réforme législative, vous engagez-vous à ne pas utiliser le CER comme outil de pression ou de censure sur les projets artistiques ?
Accès de toutes et tous a la culture
16. Présence culturelle sur l'ensemble du territoire
Vous engagez-vous à garantir un accès a une offre culturelle professionnelle à moins de 30 minutes de chaque habitant, notamment par des réseaux intercommunaux ?
17. Médiation culturelle de proximité
Vous engagez-vous à financer ou cofinancer des médiateurs-médiatrices culturelles de proximité, en lien avec les structures professionnelles du territoire ?
18. Actions artistiques hors-les-murs
Vous engagez-vous à soutenir durablement les résidences d’artistes et projets culturels en milieu scolaire, hospitalier, pénitentiaire, social ou médico-social ?
19. Politiques culturelles inclusives
Vous engagez-vous à promouvoir des politiques culturelles favorisant la diversité, la parité et l’accessibilité des personnes en situation de handicap, en dialogue avec les professionnels ?
20. Tarification solidaire
Vous engagez-vous à soutenir des politiques tarifaires accessibles : gratuités ciblées, pass culture local, billetterie sociale ?
21. Réactivation des lieux culturels “dormants”
Vous engagez-vous à réactiver ou réinventer des lieux patrimoniaux ou municipaux sous-utilisés à des fins artistiques ?
Culture, territoire et transition écologique
22. Culture et aménagement du territoire
Vous engagez-vous à associer artistes et structures culturelles aux projets de transformation urbaine et territoriale (renouvellement, friches, quartiers en transition, ruralité) ?
23. Transition écologique du secteur culturel
Vous engagez-vous à accompagner les structures culturelles dans leur transition écologique (éco-conception, mutualisation, mobilités durables) ?
24. Patrimoine bati et équipements culturels
Vous engagez-vous à investir dans la rénovation, notamment thermique, des équipements culturels et à soutenir leur intégration dans les dispositifs type « fonds vert » ?
25. Mobilité et temporalités culturelles
Vous engagez-vous à adapter les politiques de transport aux temporalités culturelles et à travailler à des contrats culture-mobilité ?
Conclusion
26. Dialogue avec les organisations professionnelles
Vous engagez-vous à instaurer un dialogue régulier avec les organisations professionnelles du spectacle vivant pendant le mandat municipal ?
27. La culture dans votre programme
Vous engagez vous à faire de la culture un des enjeux majeurs de votre programme électoral ?
LE QUESTIONNAIRE : 27 QUESTIONS D'ENGAGEMENT
L’ensemble des questions propose trois options de réponse : oui / non / ne se prononce pas + un champ “commentaire”. Le traitement statistique des réponses sera donc complété par une lecture plus qualitative, grâce à l’expression libre laissée aux candidates et candidats.
Dans la partie dépliable, vous trouverez une note d’explication qui aide à comprendre l’enjeu de la question. Cette note ne fait pas partie du questionnaire et ne constitue pas une réponse attendue.
Questions sur la gouvernance culturelle
Vous engagez-vous à reconnaître la culture comme un service public essentiel, au même titre que l’éducation, la santé ou l’environnement, dans votre projet municipal ?
💡 Repère de lecture
Nous avons posé cette question parce que la culture est souvent traitée comme un “plus”, alors qu’elle engage des droits : accès, diversité des expressions, présence artistique sur le territoire. Reconnaître la culture comme un service public, c’est assumer qu’elle fait partie des priorités municipales et qu’elle doit être pensée sur la durée, avec des moyens et une attention comparable aux autres politiques du quotidien.
Vous engagez-vous à mettre en place ou à maintenir un Conseil local de la culture associant élu-es, acteurs culturels professionnels, citoyens et partenaires publics ?
💡 Pourquoi cette question ?
Cette question relève d’un principe simple : un service public fonctionne mieux quand il se construit avec celles et ceux qui le font vivre et celles et ceux à qui il s’adresse. Nous pensons qu’un espace de dialogue régulier évite les décisions isolées, améliore la compréhension des besoins du territoire et permet de traiter les sujets difficiles (priorités, équilibres, accès, conditions de travail) de façon transparente.
Vous engagez-vous à élaborer ou actualiser un schéma municipal de développement culturel, fondé sur un diagnostic territorial partagé avec les professionnels et assorti d’une charte locale de la culture (liberté artistique, diversité, coopération) ?
💡 Pourquoi cette question ?
Nous avons posé cette question parce qu’une politique culturelle ne peut pas se résumer à une liste d’événements ou à des décisions au fil de l’eau. L’enjeu est d’avoir un cap lisible : savoir ce que la commune veut développer, ce qu’elle veut protéger, et comment elle travaille avec les acteurs culturels. Une stratégie partagée aide à garantir la continuité du service public, la coopération sur le territoire et un cadre clair pour la liberté artistique.
Vous engagez-vous à publier chaque année un bilan culturel municipal public, incluant des indicateurs qualitatifs et quantitatifs ?
💡 Pourquoi cette question ? Cette question relève de la responsabilité publique : quand une collectivité finance, elle doit aussi rendre compte. Nous pensons qu’un bilan annuel permet de clarifier les choix (où vont les moyens, quelles priorités, quels publics, quelles actions sur le territoire) et de rendre le débat démocratique plus solide. L’idée n’est pas de “mesurer l’art”, mais de rendre visible la réalité du service public de la culture et les décisions qui l’orientent.
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Faites connaître cette campagne d’interpellation. Utilisez le bouton de partage pour relayer ce questionnaire d’engagement pour la culture à l’échelle locale, et le transmettre aux candidates et candidats de votre ville.
QU'EST-CE QUE L'USEP SPECTACLE VIVANT ?
Cette campagne d’interpellation “Service public de la culture – un choix politique pour l’avenir” est une initiative collective de l’Union syndicale d’employeurs du secteur public du spectacle vivant (USEP-SV).
L’USEP-SV regroupe trois syndicats de la branche du spectacle vivant public : Scène Ensemble, Les Forces musicales et le Syndeac
Avec plus de 900 entreprises adhérentes qui la composent, l’USEP-SV défend les valeurs communes de service public de la culture, de liberté de création et de programmation, d’exigence artistique et d’équité territoriale garantie par un renforcement de la décentralisation culturelle.
Relevant de la Convention collective nationale des entreprises artistiques et culturelles (CCNEAC), ce secteur représente près de 110 000 salariés pour une masse salariale de près de 775 millions d’euros.
À ce titre, l’USEP-SV représente environ 70 % de la branche CCNEAC, ce qui en fait un acteur majeur du spectacle vivant subventionné en France.
