NOS PROPOSITIONS
Le Syndeac, Scène Ensemble et les Forces Musicales réaffirment l’importance des missions de service public de leurs membres fondés sur la liberté de création et de programmation, l’exigence artistique, l’accès de toutes et tous aux arts et à la création. Dans un contexte de fragilisation historique des services publics locaux, les élections municipales constituent un moment déterminant pour l’avenir des politiques culturelles locales. Nos organisations souhaitent, à cette occasion, présenter un certain nombre de principes et d’engagements essentiels, qui devront faire l’objet d’un dialogue continu avec les élus sur le terrain.
DES PRINCIPES FONDAMENTAUX
Nous demandons aux candidates et candidats de réaffirmer les principes fondamentaux suivants :
La culture comme service public
La culture comme service public essentiel s’appuie sur une gouvernance partagée entre élus, professionnels du secteur, citoyennes, citoyens et partenaires publics.
La liberté de programmation et de diffusion
La liberté de création et de diffusion a été reconnue par la loi LCAP de 2016. Chaque jour, cette liberté doit être défendue et réaffirmée avec force. Elle implique une distinction fondamentale entre le but d’une politique publique et les goûts artistiques personnels des élu(e)s et ceux supposés des habitant(e)s. Cette liberté implique une détermination sans faille à protéger les œuvres, leurs auteurs et autrices contre toutes les tentatives de censure, d’où qu’elles proviennent.
Non utilisation du contrat d'engagement républicain
Conçu pour protéger les valeurs de la République, le Contrat d’engagement républicain (CER) est devenu une arme à double tranchant. Elle est utilisée comme un instrument de pression et de censure, notamment sur le contenu même des projets des artistes.
DES ENJEUX BUDGÉTAIRES IMPORTANTS
Les mairies et les agglomérations sont les premiers financeurs de la culture locale. Or, depuis quinze ans, les décisions nationales ont réduit l’autonomie fiscale des collectivités (dont la suppression de la taxe d’habitation), limitant leur capacité à lever l’impôt et à exercer pleinement leur libre administration. Dans ce contexte de contraintes budgétaires, nous demandons aux candidates et candidats des engagements forts.
Indexer les budgets culturels sur l'inflation
À tout le moins, assurer la progression des crédits en tenant compte de l’inflation nationale. Nous alertons les partenaires publics pour qu’ils prennent en compte la réalité de la dégradation budgétaire observée depuis trois ans. Pour le secteur du spectacle vivant, toute fragilisation supplémentaire nécessitera aux élus d’assumer eux-mêmes la responsabilité des décisions budgétaires qu’ils prennent.
Abandonner la logique des appels à projets
Les incertitudes corrélées aux appels à projets fragilisent largement les équipes et participent à brider la création artistique, son émergence et son expérimentation. Chronophages et par nature aléatoires, ils placent les structures dans une logique de survie permanente, au détriment du temps long nécessaire à la création et à son ancrage territorial. Nous attendons un engagement en faveur des politiques culturelles dans une logique de long terme, dont la traduction se manifestera par une systématisation des conventionnements pluriannuels.
Systématiser les conventionnements pluriannuels
Les conventionnements pluriannuels doivent fixer à la fois des objectifs et les moyens correspondants (CPOM). Nous demandons que le volet « moyens » soit systématisé — autrement dit, passer de conventions d’objectifs (CPO) à de véritables CPOM — et rappelons que les municipalités ont la responsabilité de garantir les financements engagés. Nous soulignons enfin l’importance de conventions pluripartites, associant l’ensemble des partenaires publics concernés.
DES ENGAGEMENTS SUR LA CRÉATION ET LA MÉDIATION
Les mairies et les agglomérations sont les premiers financeurs de la culture locale. Or, depuis quinze ans, les décisions nationales ont réduit l’autonomie fiscale des collectivités (dont la suppression de la taxe d’habitation), limitant leur capacité à lever l’impôt et à exercer pleinement leur libre administration. Dans ce contexte de contraintes budgétaires, nous demandons aux candidates et candidats des engagements forts.
Les compagnies doivent être au cœur des projets culturels locaux
Nous proposons de réfléchir, en début de mandat, à ce que des compagnies soient associées à des projets culturels de territoire et puissent développer des actions artistiques situées mêlant création artistique, vitalité locale, et médiation culturelle.
Nous portons la volonté de soutenir la diversité des disciplines artistiques et d’opérer des rééquilibrages financiers en vue de soutenir les esthétiques les moins financées et portées par des auteurs et autrices vivantes (musique, danse, cirque, arts de la rue, marionnettes…)
Des festivals comme outils d'attractivité et moins carbonés
Nous proposons d’ouvrir la réflexion sur le modèle de certains festivals aux impacts environnementaux lourds. A l’échéance du prochain mandat, des décisions devront être prises.
Nous demandons que les festivals soutenus par les collectivités territoriales développent toujours des alternatives à la mobilité individuelle.
Une réflexion concertée sur le bâti culturel et les mobilités
Nous souhaitons que les villes et agglomérations conditionnent leur financement à une approche écoresponsable.
Les villes et agglomérations ont une responsabilité en tant que propriétaires de nombreux équipements culturels.
Nous demandons que les établissements culturels soient intégrés au “fonds vert”.
Nous formulons le souhait de travailler à la signature de contrats culture-mobilité entre l’Etat, les collectivités, et les opérateurs culturels ; il s’agira d’adapter l’offre de transport à l’offre culturelle et de loisirs, et réciproquement.
L’égalité femmes/hommes : un objectif à atteindre
Dans le cadre des procédures de nomination des directions des établissements culturels avec l’État, nous demandons à ce que les élus locaux s’engagent à des listes de candidatures réellement courtes et réellement paritaires. Nous insistons pour qu’à l’échéance du prochain mandat (2032), la parité réelle nationale soit atteinte.
Nous souhaitons que les élus locaux soient aussi attentifs à ce que la parité dans la programmation des salles de spectacle ou des festivals deviennent un objectif prioritaire des CPOM, et que l’absence de résultats sur ce point soit un élément de l’évaluation des directions.
La participation de toutes et tous à la vie culturelle
Le renouvellement des publics, au cœur des missions de service public, ne peut pas faire abstraction des incarnations sur le plateau.
Le spectacle vivant participe au renouvellement des imaginaires ; à ce titre, la place des personnes racisées dans tout l’environnement culturel doit être mieux prise en compte. Qu’il s’agisse des directions d’établissements culturels, de présence au plateau, d’auteurs et d’autrices, et de tous les artistes, une attention devra être portée à cette question dans le cadre des objectifs des politiques culturelles locales.
La limitation des délégations de service publics
La démarchandisation de la culture est aujourd’hui un enjeu majeur. La multiplication des DSP met en danger la diversité artistique en standardisant l’offre au nom de la rentabilité. Parce que nous représentons le service public de la culture, nous appelons à stopper la privatisation en cours.
Alors que les moyens de création et de diffusion se réduisent fortement, nous alertons sur la nécessité :
- de ne pas céder à la logique de la culture marchande ;
- de consolider le service public de la culture en finançant durablement les salles, compagnies et équipes implantées localement, qui travaillent en partenariat avec les acteurs du territoire.
